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Anne Ferrand Thérapie - Revisiter son passé

« J'ai 50 ans et j'en suis encore là »
Quand le passé nous freine ou nous empêche

La lecture de Vivre avec son passé de Charles Pépin m'inspire ces lignes sur le regard porté sur le passé en Gestalt-Thérapie, finalement assez proche de ce que propose l'auteur.

Peut-on faire table rase de son passé ?

Vouloir mettre un couvercle sur son passé, c'est comme vouloir éviter de penser à un ours blanc. Plus on souhaite le mettre à distance, plus il risque de s'inviter de manière impromptue dans nos pensées, dans nos comportements, dans nos réactions.
Cela fonctionne comme nos émotions, mettons un couvercle dessus, et elles ressortiront plus tard en mode cocotte minute. Rejeter notre passé et mettre un couvercle sur les émotions associées, il reviendra et ne nous saisira que plus fort à travers les émotions qui surgissent ou des réactions incontrôlées....

Alors accueillir ce qui est présent, même si c'est inconfortable, c'est se donner le moyen de le vivre pleinement et de pouvoir choisir l'action, les paroles qui sont justes pour nous aujourd'hui.
Accepter notre passé, c'est accepter ce qui nous a construit, ce que nous sommes aujourd'hui, avec toutes nos facettes, que nous apprécions, ou que nous apprécions moins.

Que faire de nos lourds et multiples héritages ?

Le passé, ce sont tous les événements que nous avons vécus, qui nous ont construits comme les strates d'un arbre. Nos souvenirs, c'est notre identité. Notre personnalité, c'est la manière dont nous nous sommes construits à travers tous nos événements de vie. Et biens sûr à nos expériences personnelles, s'ajoutent tous nos héritages...
Prendre conscience de nos héritages issus de notre famille, de notre milieu social, des écoles et communautés fréquentées, de notre région, de notre pays, c'est approfondir la connaissance de soi.
C'est prendre conscience des valeurs qui nous habitent et qui motivent nos élans.
C'est aussi prendre conscience de ce qui agit en nous, à notre insu, nous fait faire des choses que nous pouvons ensuite regretter. Prendre conscience de cela, c'est le premier pas pour pouvoir choisir de faire autrement ensuite.
Prendre conscience de nos héritages, c'est vivre avec davantage de solidité et de liberté, en choisissant les talents que nous allons développer, les valeurs sur lesquelles nous allons nous appuyer, et les héritages que nous choisissons de transformer car il ne font plus sens pour nous aujourd'hui.

Revisiter son passé pour aller de l'avant

En gestalt-thérapie, nous ne cherchons pas à travailler sur les événements passés, ce n'est pas ce qui nous intéresse.
Nous cherchons bien davantage à regarder ce qui nous fait souffrir aujourd'hui dans notre quotidien en relation avec les autres, regarder comment nous interagissons avec notre environnement, nos proches, nos collègues de travail, nos amis. Et peut-être prendrons nous conscience de schémas de fonctionnement répétitifs.
Un comportement a pu nous être utile dans le passé, alors que nous étions enfant, et nous a permis de nous adapter à notre environnement, de faire face à une situation difficile et inconfortable. Et ce comportement est devenu une seconde nature aujourd'hui et surgit comme une évidence dans nos relations actuelles (Non être colérique, ce n'est pas notre caractère, c'est ce que nous sommes devenu au fil de nos expériences de vie!). Seulement, voilà, ce comportement utile dans le passé n'est plus approprié et il nous dessert.

Alors, nous allons regarder le passé. A quoi ce comportement nous a-t-il aidé ? Comment nous a -t-il soutenu dans notre construction et dans notre évolution ? Et maintenant, comment est-il un frein, une source de souffrance ?

Revenir à l'origine de notre comportement, observer comment il a été un merveilleux ajustement créateur dans la situation du passé. Se donner de l'empathie pour ce que nous avons vécu. Honorer ce que nous avons fait pour traverser une épreuve et ce que nous sommes devenu.
Et regarder en quoi notre comportement est aujourd'hui obsolète dans nos circonstances de vie actuelles, et peu à peu expérimenter un comportement nouveau qui nous fera sortir de nos cercles répétitifs.

Quand l'événement traumatique reste toujours actif dans le présent

L'événement traumatique a beau avoir eu lieu dans un lointain passé, il peut s'actualiser à tout moment. A l'inverse de souvenirs non traumatisants, les événements traumatiques envahissent notre mémoire émotionnelle ou à l'inverse génèrent une amnésie, et ces événements ne peuvent être correctement intégrés dans la mémoire épisodique (mémoire de notre histoire de vie qui permet de verbaliser et conscientiser les événements successifs). Ainsi, à l'occasion d'un déclencheur même minime (un son, une odeur, un regard...), le effets du stress post-traumatique se font sentir : reviviscence, flash-back, trouble de l'humeur, du sommeil, …

Nous ne pouvons pas modifier les événements du passé, en revanche, nous pouvons modifier le regard que nous portons sur ces événements et dans le cadre du stress post-traumatique, permettre de pouvoir appréhender plus sereinement ce souvenir jusqu'à ce qu'il puisse être intégré comme une expérience de vie dans notre mémoire épisodique.

En thérapie, nous allons revenir sur ces événements traumatiques et vivre les émotions que la réactivation de ce souvenir nous fait vivre. A la différence du passé, nous allons accueillir ses émotions avec la présence soutenante et contenante du thérapeute, ce qui va nous permettre de réguler ces émotions et de pouvoir remobiliser le souvenir sans être submergé par l'émotion. C'est cela qui va pouvoir apaiser la blessure du trauma et le stress post-traumatique.

C'est du passé, oui ! Et pour pouvoir bien vivre avec ce passé, laissons nous le temps de l'accepter pleinement, de contempler nos héritages et de les assimiler. Ces connaissances sur nous-même sont autant d'appuis pour aller de l'avant et pouvoir mener les projets de vie qui nous tiennent à cœur !

Pour aller plus loin
Charles Pépin, Vivre avec son passé
Arnold Beisser, La théorie paradoxale du changement
AFTD, Podcasts DissociationS

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